Comment je suis redevenue photographe

le jeudi, 22 octobre 2015. Posté dans Des reportages

Comment je suis redevenue photographe

 

Cela fait 10 ans que je suis photographe professionnel ( je vous laisse débattre sur le terme professionnel, moi j'ai arrêté )

Comme chaque jour, Facebook te propose de revoir tes souvenirs.

Voilà comment en 1 clic, tu peux faire un flashback 1 an, 2 ans, 4 ans, etc... en arrière... 

Voilà comment en 1 clic tu retombes sur des amis disparus, des statuts drôles, cons, engagés, ridicules, répétitifs...

Les années passent et tu t'aperçois que finalement, tout cela n'avait pas d'importance ...

Tes débuts, tes photos post traitées à la truelle, tes signatures changeantes aussi vite que les saisons, et surtout... tes statuts de photographe énervé :

" wé, y'en a marre, on bosse pour pas cher "

Puis

" wé, y'en a marre, on bosse pour un nom posé sur une photo "

puis

" wé, y'en a marre, les artistes ils font chiers avec leurs lumières, leur restrictions "

puis, 

" wé, y'en a marre, les autres y sont nuls et pas moi "

puis, 

" wé, y'en a marre, on n'est pas reconnu "

etc, etc,etc

Et un jour, tu exploses

T'es aigri, énervé contre tout le monde, le client ( si client il te reste ), les autres photographes ( à celui qui tuera l'autre ), les gens qui comprennent rien, personnes qui comprend rien en fait. Forcément, il n'y a que toi qui comprends. Quoi tu sais pas, mais tu t'en fous.

Financièrement, comme tu ne dégages pas la joie, comme le marché de la photo est compliqué, tu prends tout et n'importe quoi comme sessions photos. tu acceptes des prix pas acceptable ( ce qui te fait encore plus râler ) et quand tu sors l'appareil photo, cela devient une torture.

Tu te retrouves à assimiler cet objet magnifique et frissonnant qu'il etait à tes yeux, ton coeur, à quelque choses de l'ordre de " t'as pas le choix "

Alors, tu as 2 solutions, parce qu'en réalité, on a tous le choix :

1 - Tu fais fuir tout le monde tellement tu dégages du négatifs, et du coup, t'es encore plus négatif

2 - Tu arrêtes et tu passes à autre chose.

Perso, j'ai arrêté et j'ai creusé un trou dans lequel j'ai sauté.

J'ai pris un job " alimentaire " ( comme on dit dans le métier ) pour y être malheureuse comme tout, complètement blasée et toujours aussi négative.

Tu cotoies d'autre personnes, que finalement tu classes dans la catégorie " les gens " et tu t'acharnes.

Et puis le miracle se fait, petit a petit, tu quittes l'univers de la photo, et tu recules, recules pour te retrouver contre un mur ... 

Contre un mur mais avec en plus, le voile de tes angoisses sur ton visage. Ce voile qui t'étouffe mais que tu gardes pour avoir une excuse de ton mal être. 

Alors là enfin tu te poses, forcé et tu observes, et tu T'observes...

Tu revoies de temps en temps des anciens collègues, et tu les trouves énervés, radotant et négatifs.

Tu ne fais plus de photo qu'avec ton Iphone, tu regardes l'appareil photo de loin, tu te dis que quand tu veux tu peux faire des photos.

Et comme le fumeur qui " arrête quand il veut ", tu t'aperçois que ce n'est pas aussi simple que ça.

Mais les mois passent, tu ne comptes plus les photographes qui râlent, les artistes qui utilisent de plus en plus le Crowfunding pour payer leurs créations.

Tu trouves ça ridicule, tu regardes " les gens " avec qui tu travailles et qui semblent heureux dans leur job " alimentaire "

" ALIMENTAIRE "

Tu comprends que finalement voilà le mot qui tue les artistes.

Le GROS mot

Celui que tu prends comme "le pire du pire" qu'il puisse t'arriver de dire

Et finalement, tu ouvres les yeux.

N'importe quoi ! tu comprends en discutant avec " les gens " qu'ils n'appellent pas ça comme ça eux. 

Ce n'est donc que le jour où j'ai compris que ce mot devait disparaitre de mon vocabulaire, que j'ai repris cet objet incroyable qu'est une boite image.

Et comment j'ai revibré en faisant des photos ? En rencontrant des passionnés par la photo argentique ! Qui te parlent technique, émotion, instant figé, histoire par le cadrage... " Every shot Count " Des gens pas aigris, pas énervés, pas alimentaire ...

la photo argentique m'a sauvé.

J'ai repris l'appareil, j'ai repris la route, j'ai retrouvé le sourire.

Et plus mon excitation à créer des images monte, plus mon sourire est large, plus les clients réapparaissent ( tiens, comme c'est étonnant )

J'ai arrêté ce travail de commercial de presque 2 ans de ma vie et j'ai gagné des amis dans ces " gens "

La seule chose que je garde de ce mot "alimentaire " est cohérent : 10 kilos de plus sur la balance.

A moi d'effacer tout cela : de mon derrière, de mon vocabulaire. 

 

 Photo extraite de la série 
" Under one's breath "
La peur de l'obscur,
Qui cache les murs.
La peur du mal,
Qui est trop brutal.
La peur de se sentir étouffé,
D'en oublier sa personnalité.

Texte : Catherine et Allison Redelsperger
Modèle : Galatéé - 
Lumiere : Paul Deschamps 

 



     

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